Un extrait du Crime Selon Narpeking de Jimmy Sabater

2013-07-20-Le-Crime-Selon-Narpeking-Livre-Papier-Promo 20 juil. 2013 11-060

LE CRIME SELON NARPEKING

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LIVRE I

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Londres, 25 décembre

Avant de quitter la maison, j’ai pris un plaisir presque pervers à m’attarder dans la chambre luxueuse d’Helena Rosenfelt encore imprégnée de son parfum délicat. J’ai enjambé son corps agonisant, comme si elle n’avait finalement été qu’une figurante dans la chute de son propre monde.

Je regrette de ne pas avoir pris le temps de bavarder une dernière fois avec elle pour en garder un meilleur souvenir. L’ultime image que j’en conserverai, c’est ce moment où elle a craché sa décoction contre la migraine, sur le magnifique tapis persan du bureau de son mari :

— Ne me dites pas que vous… vous…

Ses yeux étaient si exorbités qu’elle en paraissait presque ridicule. J’ai remonté sa boîte à musique, celle avec le couple de danseurs tournoyant sur la mélodie de « Pour Élise » de Beethoven. Rien ne la détendait davantage que les airs de sa collection d’automates.

Pauvre femme.

— Marnie ! Répondez-moi ! m’a-t-elle ordonné, la voix tremblante.

— Je ne m’appelle pas Marnie, ai-je répondu, en arrachant d’un geste jubilatoire la perruque rousse que j’avais portée durant les douze mois passés.

Madame Rosenfelt était horrifiée. Je la trahissais une seconde fois.

Le personnage que j’avais créé ne m’était plus d’aucune utilité. Nous arrivions au terme de notre mission dans la banlieue bourgeoise de Londres.

— Gordon ! a-t-elle crié. Gordon ! Je… Je…

— Gordon est déjà mort, lui ai-je dit, et tous les autres aussi. Inutile de crier. Je lui ai administré une plus forte dose, je ne voulais pas qu’il souffre, j’avais de l’estime pour lui, figurez-vous. Fichez-lui la paix. Le téléphone est déconnecté et vos portables sont tous désactivés. Laissez-vous aller. Il n’y en a pas pour longtemps.

Comme Gilmour peinait à me rejoindre, j’ai traversé le premier étage à sa recherche, laissant la vieille femme réaliser qu’elle n’avait plus la moindre chance. C’est sans doute à ce moment, alors qu’elle voulait me suivre, son bras implorant levé dans ma direction, qu’elle s’est immobilisée avant de s’effondrer devant l’entrée de sa chambre.

— Margaux ?

— Ne m’appelle pas comme ça, Gilmour, pas maintenant, pas ici. On ne sait jamais… Personne ne doit savoir.

— Cette maison est maintenant un cimetière, tu peux me faire confiance.

Il tenait un jerrycan d’essence qu’il faisait couler négligemment sur les épais tapis de l’entrée et la moquette des escaliers en prenant garde qu’il ne l’éclabousse pas. Bien évidemment, c’est sur les corps qu’il s’est le plus attardé. Entre ses dents, un gros havane encore éteint attendait pour être allumé.

Il avait fière allure, maintenant qu’il laissait son rôle de domestique intérimaire derrière lui. Gilmour aussi avait été fantastiquement servile, courbant l’échine à volonté, patiemment, jouant son rôle de chauffeur personnel et de confident de fortune à la perfection.

À présent, il avait davantage la stature d’un aristocrate ou d’un homme d’affaires de haut vol, avec l’élégance et la classe étranges du mépris des autres.

Dans la chambre d’Helena Rosenfelt, les objets les plus précieux étaient à ma portée. Montres en or massif provenant de Old Bond Street, bagues montées de diamants inestimables, un authentique œuf de Fabergé, mais rien de ces trésors ne m’a tentée une seconde. Non, j’ai juste ouvert le dressing pour caresser ses visons que je trouvais si beaux. Même une femme qui déteste les horreurs de la chasse ou l’élevage cruel de ces petites bêtes ne peut que succomber devant la perfection des coupes de ces manteaux provenant des plus grands fourreurs. Là encore, les apparences sont trompeuses. Helena Rosenfelt était végétarienne. Les seuls animaux qu’elle ait jamais conduits à la mort lui servaient de faire-valoir dans les soirées mondaines, l’opéra ou ses fréquentes vacances en Suisse.

— Marnie, dépêche-toi. Il est temps de partir. N’oublie pas que tu as un avion.

Bien sûr que j’y pensais.

Je venais juste de passer un an de ma vie chez ces riches employeurs et je ne pouvais partir sans avoir fait mes adieux à ce décor flamboyant où tant de souvenirs allaient sans doute me poursuivre pendant quelque temps. Je suis peut-être une meurtrière, mais j’ai parfois mes instants de mélancolie, de doute, de peur.

J’ai pris l’une des fourrures et l’ai enfilée avant de me contempler dans les grands miroirs qui couvraient les hautes portes du dressing. C’est vrai que j’avais une plus jolie silhouette qu’Helena Rosenfelt. L’âge y fait beaucoup, la nature aussi.

Pauvre femme. Quelle mort terrible ! Mais avais-je le choix ?

Je n’ai fait que mon travail et son nom figurait sur ma liste depuis la première heure. Il ne pouvait en être autrement, elle devait disparaître avec tout son petit monde. Effacée. Oubliée.

J’ai laissé glisser son manteau le long de mes bras pour le regarder choir sur le sol, comme un simple peignoir de satin. Le véritable luxe n’est-il pas de n’accorder aucune importance à la vie matérielle ?

Je pense que c’est au moment où je quittais son bureau qu’Édouard Rosenfelt a rendu l’âme à son tour. Son crâne s’est écrasé mollement sur le tapis de laine et de soie, face contre terre, un filet de bave rougeâtre trahissant déjà mon forfait.

— Marnie ! C’est prêt !

J’ai poussé le vice jusqu’à allumer une cigarette au milieu des escaliers où les émanations d’essence commençaient à devenir entêtantes. Tant qu’à vivre dangereusement, autant le faire jusqu’au bout. Et puis, ici, pendant un an, je n’avais vécu qu’à jouer les discrète, ingénue, idiote parfois, toujours invisible parce que insignifiante. C’est la raison pour laquelle j’ai joui quelques minutes de ce retour de situation qui me laissait la part belle.

Dans ma vie vouée à effacer celle des autres, les moments où je suis moi-même sont rares ; rien d’étonnant à ce que je les savoure quand j’en ai l’opportunité.

On annonçait la neige depuis plusieurs jours, mais nous n’en avions pas encore vu le moindre flocon. Par contre, le froid polaire s’était déjà bel et bien installé.

— Tu as la démarche tranquille de quelqu’un qui part en vacances, m’a fait Gilmour en souriant, avant d’allumer son cigare. Tu comptes faire un dernier tour du propriétaire ?

— Non, c’est fait.

— Ta moto est là. Tu n’as qu’à appuyer sur le starter pour rejoindre la gare de Saint Pancras International.

Il m’a tendu son briquet.

— Je crois que c’est ton tour, cette fois.

J’ai scruté la haute bâtisse où tous les cadavres n’attendaient plus qu’un geste pour disparaître en fumée.

— Tu sais bien que je n’aime pas le faire, ai-je hésité. Tu as les documents ?

— Évidemment. Je les ai dissimulés dans un anorak plié dans ma valise, sous un ordinateur où une autre paperasse saura donner le change. À moins d’être réellement vicieux, il est pratiquement impossible de juger de leur importance… Nous ne nous verrons pas avant un moment, Margaux… Tu vas… Tu vas me manquer…

— Oui, je sais. Mais j’ai un autre petit travail qui m’attend déjà. Mais qui sait ce que l’on va me demander, cette fois…

— Johnny Marr ?

— Oui, comme toujours.

Il m’a lancé un étrange regard avant de me dévisager.

— C’était très agréable de travailler avec toi, Margaux. Tu… Tu es une femme extraordinaire…

Ses grands yeux brillaient à tel point que je n’ai pu soutenir son regard.

— Ne perdons plus de temps. La cavalerie ne tardera pas à arriver… Dix minutes tout au plus…

J’ai laissé ma cigarette tomber dans la petite allée en dalles de pierres et le feu a pris en un instant avant que tout ne s’enchaîne comme lors d’un spectacle de dominos parfaitement coordonné.

Le feu brouille les pistes, efface les indices, brise la vérité, lave, purifie, détruit tout ce qui traîne. C’est ainsi que nous agissons à chaque fois. Pas d’indice, pas d’histoire, pas de témoin. Rien. On tourne la page. Nous n’existons plus. Pour personne.

J’aime le bruit des incendies. Je m’y suis habituée, après toutes ces années à travailler pour Narpeking. Les vitres qui explosent, les rideaux qui flambent comme du papier Kraft, le bois qui crépite, le métal qui se tord dans des cris presque humains, les objets qui sifflent comme des théières affolées, la vaisselle qui pète, les corps qui cuisent. Ce tintamarre nous couvre, nous anoblit. Il nous offre une virginité sans cesse renouvelée. C’est toujours le même rituel.

— Adieu, ma belle Marnie… Fais très attention à toi… Et je ne sais pas comment te le dire, mais je…

— Joyeux Noël, Gilmour. Prends soin de toi, l’ai-je coupé, en chevauchant la moto de Gordon.

Je l’ai regardé pénétrer dans la limousine des Rosenfelt, arborant son costume de chauffeur, impeccable, insoupçonnable. On lui aurait donné le bon dieu et le secret de l’arme nucléaire sans sourciller.

À moi aussi, parfois.

***

Je suis maintenant dans l’Eurostar à destination d’Anvers, où nous arriverons dans une petite demi-heure, selon les dernières estimations. Nous sommes très en retard à cause de la neige — qui s’est enfin décidée à tomber en quantité impressionnante — paralysant ainsi de nombreuses infrastructures.

Je vais essayer de me poser quelques jours, le temps d’endosser mon nouveau personnage. Il faut que je réfléchisse à ma nouvelle identité. Je suis un peu comme ces acteurs de théâtre ou de cinéma. J’ai besoin de préparer mon rôle, de puiser au plus profond de moi-même et d’y mettre à jour les sentiments les plus insoupçonnés. La différence avec les acteurs, c’est que je joue pendant des mois, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans jamais baisser le rideau. Les enjeux sont autrement plus importants qu’au cinéma. Le moindre défaut d’interprétation et c’est l’hécatombe, du mauvais comme du bon côté.

Pauvre Marnie. Elle aussi, on va découvrir son corps calciné parmi les décombres.

C’est dommage, une si brave fille.

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Un roman écrit en stéganographie ?

Dans «Le Crime selon Narpeking», Margaux est une espionne d’un certain âge qui a voué sa vie à une organisation criminelle de grande envergure. Afin de faire le point et de se retrouver «telle qu’elle est réellement», l’espionne tient un journal secret à l’aide de son smartphone. Pour cacher ces tranches d’intimité des regards indiscrets, elle utilise la stéganographie.

Wikipédia présente la stéganographie ainsi : «Si la cryptographie est l’« art du secret », la stéganographie est l’art de la dissimulation : l’objet de la stéganographie est de faire passer inaperçu un message dans un autre message et non de rendre un message inintelligible à autre que qui-de-droit. Pour prendre une métaphore, la stéganographie consisterait à enterrer son argent dans son jardin là où la cryptographie consisterait à l’enfermer dans un coffre-fort — cela dit, rien n’empêche de combiner les deux techniques, de même que l’on peut enterrer un coffre dans son jardin. C’est un mot issu du grec ancien στεγανός / steganós (« étanche ») et γραφή / graphế (« écriture »).»

Toutes les révélations de Margaux tiennent donc dans les données binaires d’une seule image. Une très grosse image qui semble parfaitement innocente, mais qui recèle les plus terribles secrets.

Le crime selon Narpeking

Narpeking ou när Peking ?

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À part dans «Le Crime selon Narpeking», le mot Narpeking n’existe dans aucune langue. Si vous vous amusez à traduire «när Peking», Google Translation (suédois) vous proposera bien «lorsque Pékin»,  une expression qui prend son sens à la fin du présent roman.

En réalité, Narpeking était le nom d’un serveur de peer-to-peer dans la fin des années 90. Jimmy Sabater en avait repéré le nom avant d’annoncer quelques mois plus tard, via son site internet, l’écriture d’un roman sous ce titre. À l’époque, «Narpeking» devait être un roman de science-fiction. Mais ce projet n’a jamais vu le jour. Quelques années plus tard, le mot «Narpeking» revient dans «Flashes», ce roman introuvable et paru en 2006 et rendu indisponible sitôt sa sortie. «Flashes» raconte les difficultés de la dame de compagnie d’une star du rock qui a signé chez… Narpeking Records !

Une demi douzaine d’années plus tard «Le Crime selon Narpeking» concrétise enfin l’aventure de ce mot sans patrie qui est enfin rentré dans la base de vocabulaire de Google !

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Le crime selon Narpeking

Un roman réaliste

Souvenez-vous, dans «Transes», trois militaires sont retrouvés morts, dans leur cellule, une situation que certains trouvaient totalement invraisemblable. Pourtant, ce passage avait été exposé au membre du service de police d’un grand commissariat. À l’époque, il avait même ajouté qu’à certaines heures et sous certains prétextes, n’importe qui pouvait pénétrer dans l’enceinte de l’établissement !

«Le Crime selon Narpeking», roman d’espionnage, a été lu et visé par un fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur, section «VIP». Certes, ce lecteur anonyme n’est pas agent secret, mais il connaît très bien les rouages de tels services. Et en matière de sécurité des personnes, on peut dire qu’il connaît son métier. Il a totalement adhéré au «Crime selon Narpeking» et c’est même avec enthousiasme qu’il a apporté quelques informations complémentaires dans plusieurs descriptions capitales !

Le crime selon Narpeking

Le crime selon Narpeking

de Jimmy Sabater

ou Livre broché

La paranoïa et le suspense dans Narpeking

Mokoia_Island«Le Crime selon Narpeking» met en scène une espionne d’origine anglaise qui se trouve confrontée à une mission énigmatique qu’elle devra gérer seule sur une île perdue et hostile. Là, personne ne pourra l’aider à découvrir pourquoi plusieurs de ses consoeurs ont été assassinées avant que les meurtres ne soient déguisés en suicides. Un climat de paranoïa va vite s’abattre sur Margaux qui, tout en essayant de garder la tête froide, va devoir déjouer pièges et embûches qui vont ponctuer son enquête. Dans le manoir de George Veramer, elle ne peut faire confiance à personne. Le riche propriétaire, derrière son style impeccable, ne montre d’intérêt pour quiconque. Marc Lesner, son bras droit, ne semble attiré que par les affaires et l’argent. Pénélope se sert de Margaux comme d’une psychanalyste, et se préoccupe bien trop de son avenir personnel pour s’intéresser à cette simple femme de chambre qu’elle juge insignifiante. Britchen, le majordome, déteste Margaux dès le premier jour et sa chute le comblerait de plaisir. Bien sûr, il reste Madame Veramer, enfermée dans sa chambre, condamnée à absorber des médicaments qui la plongent progressivement dans la léthargie, même si quelques instants de lucidité la traversent parfois.
Tout comme dans «Un Suspect presque parfait», le danger est imminent et imprévisible, il peut survenir de n’importe quel personnage. La tension, les interrogations et la peur mêlées à la fatigue vont plonger Margaux dans une forme d’état second, une prison invisible, un labyrinthe sans issue. Si la peur est omniprésente, Margaux ne manque pas de ressources et c’est avec l’énergie du désespoir qu’elle va surprendre son monde. Comme le lui dira Madame Veramer à un moment crucial :
« Ils ne vous auront pas. Depuis le premier jour, je sais que vous êtes différente. Vous n’avez pas le profil de la victime. Cela se voit dans vos yeux… Il y a quelque chose de terrible tout au fond… Quelque chose de froid et de mal. Comme… Comme une machine …»

«Le Crime selon Narpeking» se décline en ebook (2,99€) et en version livre broché (15€)

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Les premiers exemplaires du Crime selon Narpeking

Les premières impressions papier du Crime selon Narpeking viennent d’être approuvées sur Lulu.com (l’imprimeur à la demande). Voici donc un aperçu de l’ouvrage. Il existe en grand format (192 pages) et en poche (318 pages !). Et pour s’imprégner d’un roman, rien de tel que d’en lire les premières pages (quelques effets de moirage sur les photos mais l’impression est parfaite !)

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Le Crime selon Narpeking de Jimmy Sabater – 2013 – (format liseuses, kindle…Grand format et poche)